Dans ma famille, de tradition catholique, nos prières
se devaient de rendre hommage à Dieu (pour l’ensemble de son
œuvre). Mais, tout de suite après, il nous fallait dire notre
gratitude au Gulf Stream (pour la chaleur de l’eau et la tiédeur
de l’air). Chaque fois que nous sortions, grelottants, de nos bains
glacés de Bretagne, une grand-mère ou une tante était
là pour s’exclamer : « Remercie donc le Gulf Stream !
Sans lui notre mer serait froide.» Et chacune des promenades au jardin
s’accompagnait de laudes. « Qu’il se porte bien ce palmier,
il me rappelle Alger. Qu’il monte haut cet agave, on dirait Madagascar
! » Au fond, le Gulf Stream nous consolait de la perte de nos colonies.
Bien des années ont passé. Et aujourd’hui, mon cher
Gulf Stream m’inquiète. Sa santé me préoccupe.
Va-t-il un jour, bientôt, comme on le dit, s’arrêter de
couler ? Qu’adviendra-t-il de la douceur de nos climats ?
Longtemps, j’ai préféré fermer les yeux. Mais
le moment est venu. Je ne suis pas scientifique. Plutôt promeneur.
Alors, des violents remous du détroit de Floride aux maelströms
de Norvège, des rivages fleuris d’Écosse aux abords
légendaires de Nantucket, je suis allé, par les chemins de
terre ou de mer, rencontrer les savants et les lieux. |